Ce spectacle a une odeur, une hauteur, une force rare. Il redistribue les cartes au sujet de la poésie. Autant de mots érotiques que de chants romantiques, le parti pris est celui de la lumière, de la flammèche, de ces bâtons qui, telles des perches cinématiques, illuminent l’acteur, ou le corps poétique. Car ils ont la poésie au corps et à la bouche. En exergue de la présentation du spectacle, une citation de Siméon : « Les amants font exactement le rêve qu’il nous faut. » Jean-Pierre Siméon, un poète créateur, qui joue avec le système poétique pour nous faire don d’un peu d’espoir dans ce siècle sonore mais si peu mélodieux.

Enfin, retrouver l’âme poétique

Huit protagonistes sur scène : six comédiens et comédiennes, deux musiciens, se meuvent dans une ambiance enténébrée, murmurant des paroles incandescentes, des mots à la force volcanique, des chansons enflammées, toute la correspondance amoureuse des grandes figures de la littérature. Des acteurs dynamiques, vêtus de noir, reflet de l’espace obscur, se mêlent dans l’ombre, en une savante alchimie. Un banc, des sources lumineuses – décor inversement proportionnel à la festivité ornementale du verbe et à la « densité voltaïque » (Antonin Artaud, poète du XXe siècle) du corps collectif.

Les Souffleurs, lucide guérilla du combat pour la vérité  

Plusieurs perches noires ont à leur extrémité une lumière blafarde, électrique, mais assez faible, afin de dessiner, dans cette quasi-obscurité, une silhouette à l’acteur. A peine installé dans son siège, le public porté loin, s’élève, lévite, comme debout, par les actionneurs de poésie. Il est invité à chanter les passages musicaux. La parole poétique impossible à catalyser, percutante, la conversation privée explosive de plusieurs écrivains et amants, véritable combustion de sensations (les correspondances ont un motif amoureux et sensuel, à envisager si on a plus de seize années) se projette sur les murs et sur nos tympans. Le rythme est vif, équilibré, et il y a autant de rire que d’émoi intérieur. 

Comment raviver la flamme de l’amour en une heure de poésie

Diverses formes d’amour et de couple surgissent des textes. Force et comique érotique se mêlent dans l’acteur Nicolas Bilder. Cet interprète bien choisi d’Apollinaire, tout de sons et de densité vocale, lit sans frein le dévoilement et dévouement total du poète Guillaume Apollinaire à Louise de Coligny, mon Lou tant lu dans les lettres. 

Frida Kahlo, dont on entend un morceau de correspondance, dans une semi-obscurité, trois tiges crépitant sur le crâne, exécute une danse des bras, sculptée par l’ombre et la lettre que la peintre adresse à son amant, Diego Rivera. La lettre poignante, brûlante, pleine de la force d’une femme si frêle à un homme si monumental (grand peintre mexicain qui pesa près de 180 kg). C’est l’hypnose, la passion, et la patience à la fois, et surtout le présent, auquel on assiste, derrière de simples déclarations d’amour.

Les huit porteurs de mots à la force vibratoire, performent, utilisant leur corps pour vivre la scène, et le langage poétique comme motto. Ils se remplissent de cet espace sans récit, à ouvrir, qu’est le plateau – qui nous sert à entendre Virginia Woolf, signant sa fin, son futur suicide, par un ultime envoi d’amour à son mari, Leonard Woolf, mais aussi Anaïs Nin et Henry Miller, Alfred de Musset et George Sand.

Les paroles alternent avec les chants. Dalida, Birkin et Bécaud, scandés par la troupe, repris en choeur par des spectateurs et spectatrices – le texte rend chaque esprit captif et dans l’attente. Un numéro virtuose de poésie, sur trois siècles d’écriture, de sensations brutes et d’appels de bonheur. Le talent physique des Souffleurs parachève cette séance hypnotique. Sublime et irrésistiblement poétique.

Diane LOTUS

COMBUSTIONS
Compagnie Les Souffleurs – commandos poétiques
Conception & mise en scène : Olivier Comte. Assistanat dramaturgique : Julia Loyez

Du jeudi 12 au dimanche 29 mars 2026.
Relâche le 14 mars

Jeudi et vendredi : 19h – Samedi à 14h30 et 19h30 – Dimanche à 14h30
Durée : 1h
Cartoucherie de Vincennes.
Théâtre de l’Épée de Bois, Salle en Bois

Copyright photos : Quennefer pour les Souffleurs commandos poétiques.

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