Un texte de théâtre donne à vivre au public et à l’acteur. Quand il est bien fait, il offre, dans un mouvement de constant enchantement, la liberté de l’imagination et l’ancrage dans la réalité. La pièce Le Lavevaisselle rend le public curieux, étonné. Placé dans une forme d’attente, le spectateur suit l’action – on ne sait réellement ce que contiendra la réplique d’après. Il s’agit de deux êtres qui cherchent comment a disparu leur désir, au travers des manqués d’une machine à laver la vaisselle. Bref, la machine est en panne. Où comment le mécanique tue le désir…

© Basile Pelletier

Cette pièce fait se rencontrer l’acteur et auteur Frédéric de Goldfiem, cinglant, précis, sans une expression de travers, en cohésion avec le public et lui-même, et Flor Lurienne, comédienne et autrice, si douée lorsqu’elle est désarmée et soumise à une émotion paradoxale. La scène de la Flèche supporte une scénographie composée par les acteurs et par Doriann Delaive (pour l’habile musique planante et bien placée) et Basile Pelletier (pour les costumes) : une table assez solide pour soutenir des fruits, des fleurs, un lave-vaisselle miniature, proche du théâtre d’objets où tout se concentre sur la force du geste de l’humain vers l’inanimé. Ce théâtre fait penser à la simplicité grandiloquente des scènes (s’agit-il d’ailleurs de scènes ? ou de petites pièces enchâssées?) de Valère Novarina, mort il y a quelques jours, pionnier du théâtre du déchaînement du langage et des possibilités d’éclatement de l’espace.

Le Lavevaisselle parvient à ses fins sans avoir recours ni aux larmes ni aux phrases faciles. Il use, grâce à l’écriture pointue et pointilleuse de Goldfiem et de Lurienne, du sarcasme. Le comique attaque et surprend le public qui adhère totalement à la scène. Un comique plaisant s’échappe de ce couple qui se déchire et se reconstruit, autour du positionnement des couverts dans le compartiment. 

Peu à peu, sur scène, se révèle la solitude des désirs. L’impossible échappatoire du lave-vaisselle amène une pointe de tragique, autant qu’une réflexion. Les deux individus soumis au principe de réalité remettent ainsi en question le sens de leur vie. Dans leur couple, les choses ont plus d’importance que les êtres. Chez eux, le vivant semble mort, comme le désir. Pour le réanimer, il faut contrer cette perte de vitalité, retrouver la pulsion de vie, se réconcilier avec le désir de l’autre, offrir un chemin aux sentiments.

Le démarrage de la pièce n’a ni la vigueur ni l’intérêt de son cœur et de ses dernières lignes et images offertes à l’œil. Au début, le spectateur se trouve dans le flou propre au « théâtre contemporain », semblant un peu absurde et souvent délié. Les paysages les plus forts du Lavevaisselle se situent dans le macroscopique – dans le lien de l’homme à l’objet, dans cette posture plastique du Roi des Objets créée par l’acteur qui éclate dans un monologue savoureux, si près de la fin.

Ce texte, comme tout bon texte, attend sa suite – son extension. On aimerait davantage entrer dans le farfelu, l’étrange, toucher un pic dans la relation passionnée avec ce « presse-méninges » que représente le cycle de ce lave-vaisselle. 

Reste que la fantaisie aperçue nous donne envie de suivre le travail de Flor Lurienne et de Frédéric de Goldfiem, à la plume comme au plateau. En un mot, une réussite.

Diane LOTUS

© Basile Pelletier
© Basile Pelletier
© Basile Pelletier

LE LAVE-VAISSELLE, de et avec Frédéric de Goldfiem et Flor Lurienne

Par la Compagnie PRESQUE UNE ÎLE

Au théâtre La Flèche, du vendredi 9 janvier au vendredi 13 mars, les vendredis à 21 heures.
Durée : 1h10

Théâtre La Flèche, 77 rue de Charonne, 75011 Paris

info@théâtrelaflèche.fr

Tél : 01 40 07 70 40

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